Risques – Nouvelle-Aquitaine : Orages sur le vallon de l’Artolie (33) le 25 juillet 2014

Evènements du territoire, Risques naturels

30/07/2014

Des orages catastrophiques sur le territoire de la Communauté de Communes du Vallon de l’Artolie ont généré de lourds dommages matériels. Ils ont donné lieu à des arrêtés CAT-NAT sur toutes ces communes et à une cartographie de référence sur les risques inondation et mouvements de terrain

Localisation et présentation du bassin versant

Les 9 communes de la Communauté de Communes du Vallon de l’Artolie sont situées dans le département de la Gironde au Sud-Est de Bordeaux en rive droite de la Garonne. Elles ont été touchées par des précipitations très importantes lors de l’orage du 25 juillet 2014, et plus particulièrement celles de Paillet, Langoiran et Lestiac-Sur-Garonne. Les autres communes faisant partie de la CC sont Rions, Le Tourne, Tabanac, Capian, Cardan et Villenave-De-Rions. Ces précipitations ont entraîné des mouvements de terrain et des inondations catastrophiques.

 

Fond de plan IGN, Scan25 du secteur concerné

Les bassins versants de ce secteur de la rive droite de la Garonne sont caractérisés par des coteaux entaillés par plusieurs vallons, souvent à sec, très réactifs aux phénomènes pluvio-orageux, constituant des axes d’écoulement privilégiés du ruissellement pluvial urbain et rural et se comportant comme de véritables torrents lors des grandes précipitations.

Le fonctionnement hydrologique torrentiel de ces cours d’eau se justifie en partie par une géomorphologie distincte amont/aval : une partie amont, très réactive aux orages, avec une pente forte et un lit très encaissé (talweg). Dans cette partie, il y a peu de débordements mais une forte problématique de ruissellements qui se concentrent d’abord dans les terres hautes sur le plateau puis dévalent préférentiellement dans les talwegs secs. Une partie aval, avec une pente moindre mais sujette aux débordements de cours d’eau et ruissellements.

 

Contexte hydrologique et météorologique du bassin versant

Sur les 23 ruisseaux qui traversent le secteur, 12 ont fait l’objet de débordements lors de cet épisode orageux. Les inondations des petits cours d’eau tels que l’Artolie, le Gaillardon, le Nau, le Grand Estey, comme celles de 2003, juillet 2013 et juillet 2014, sont générées par des orages violents localisés sur des coteaux à l’amont (plusieurs kilomètres) et donc difficilement prévisibles. Elles sont caractérisées par un régime de crue torrentielle, avec une montée des eaux soudaine et brutale et une décrue rapide si l’exutoire le permet, parfois accompagnée de lames d’eau ou vagues dévastatrices et d’un charriage important de matériaux (arbres, boues, pierres, végétation,…). Elles sont capables de déplacer dans le lit mineur des cours d’eau des objets de masse conséquente sur des centaines de mètres (voitures, blocs de bétons, blocs rocheux, souches, arbres,…) et sont souvent aggravées par des problèmes locaux (embâcles, vannes bloquées, fossés et canaux d’irrigation mal entretenus ou sous-dimensionnés,…).

L’épisode pluvieux du 27 juillet 2013 avait été caractérisé par Météo France par une hauteur de 37 mm en 1 heure, ce qui correspond à des niveaux de l’ordre de la cinquantennale.

Pour l’épisode pluvieux du 25 juillet 2014, les valeurs issues de Météo France sont de 47 mm en 1 heure et entre 75 mm et 83 mm en 2 heures, ce qui correspond à des valeurs au-delà de la centennale. Ces valeurs montrent que les orages du 25 juillet 2014 sont des phénomènes exceptionnels dans la mesure où il est tombé en 2 heures presque le double du cumul moyen des précipitations pour un mois de juillet entier.

 

Relevés des zones inondées

Des réunions avec les élus et les riverains ont permis de recueillir des informations sur les cours d’eau concernés (repères de crues, dates des crues historiques, documents exploitables, zones inondées,…). Des investigations de terrain (analyse de l’existant, recueil de témoignages,…) ont été réalisées afin de définir des enveloppes de crues en vue de décrire et de cartographier le comportement des écoulements.

La synthèse des données recueillies et des problèmes connus a permis, entre autres, de localiser des laisses de crues, des ouvrages hydrauliques et des singularités, de disposer d’un relevé d’informations sur les hauteurs d’eau, les vitesses (si connues), les zones impactées (constitution d’une base de données SIG) et de réaliser une analyse hydrogéomorphologique au niveau des différents cours d’eau. L’encaissant, l’enveloppe des zones inondées, les axes d’écoulement et les obstacles à l’écoulement ont pu être identifiés.

La DDTM 33 et la Communauté de Communes du Vallon de l’Artolie ont convenu d’établir une cartographie de référence, réalisée par le CEREMA, outil d’aide à la décision des collectivités plus souple, plus rapide, moins contraignant et matériellement plus réalisable qu’un Plan de Prévention des Risques Naturels.

Cette cartographie informative détaille l’ensemble des éléments recueillis : limites des zones inondables (avec distinction entre débordement et ruissellement), dégradations et dommages recensés, axes d’écoulements prioritaires, principales habitations impactées et parcelles sensibles au risque inondation. Établie au format MapInfo, elle a fait l’objet de rendus à diverses échelles : 1/15 000 (carte d’assemblage des 9 communes sur fond IGN Scan 25), 1/5 000 (1 carte par commune sur support orthophotoplan) et catalogue A3 au 1/5 000 (zooms par secteur impacté et par commune sur support orthophotoplan).

 

Description de l’événement du 25 juillet 2014

Lors de la survenue de l’orage, la marée était basse (influence des marées jusqu’à un pont à Langoiran) et la Garonne n’était pas en crue, ce qui a permis le ressuyage des terrains et l’absorption des écoulements des divers cours d’eau, dans un laps de temps relativement court, sans qu’aucun autre aléa ne vienne amplifier cet événement exceptionnel. En d’autres circonstances, les conséquences auraient pu s’avérer plus catastrophiques encore.

En ce qui concerne les ruissellements, étant donné la violence du phénomène, il peut être considéré que l’ensemble du territoire a été touché, plus ou moins fortement selon les secteurs. Lorsque ruissellement et inondation sont conjugués, la limite de l’un et de l’autre est difficilement appréciable dans les secteurs.

Les dégradations relevées (nombre d’habitations impactées, murs et talus effondrés) ne sont en rien exhaustives. Elles sont issues des témoignages des équipes communales, des riverains et des observations terrains réalisées plus de 6 mois après les faits. Certains secteurs impactés ont depuis fait l’objet de travaux de réhabilitation dont le CEREMA n’a pas toujours été informé. De même, certaines habitations n’ont subi que peu de dégâts et n’ont pas toujours été recensées pour l’élaboration des arrêtés de catastrophe naturelle ou les demandes de remboursement auprès des assurances.

Ces informations permettent à la fois d’expliquer le déroulement des événements, leur situation géographique, leur ampleur et leur causalité.

Déroulements et dommages avérés sur les 9 communes

Des dommages matériels relativement lourds ont été constatés par les collectivités et la DDTM 33. Des dossiers de reconnaissance de catastrophe naturelle ont été déposés pour l’ensemble des communes de la Communauté de Communes du Vallon de l’Artolie.

 

  • LE TOURNE : routes, ponts, maisons (jusqu’à 2 m de hauteur), axes d’écoulement sur fossés et chaussées, débordement et dévalement des eaux sur chaussée, ru busé submergé faisant monter les eaux contre habitation dont la porte a cédé, provoquant inondations de maisons face à la brèche, chaussées et venelles dans le sens de la pente et envahissement progressif de la place du village.

 

  • CARDAN : un seul secteur dégradé notablement. Ruissellement des eaux en écoulement torrentiel des coteaux jusqu’à un ruisseau, s’accumulant dans fond de vallon. Station d’épuration communale inondée. Déversement des eaux sur la commune voisine de Villenave-de-Rions. Hameaux et autres habitations isolées pas impactés car construits sur les hauteurs.

 

Ruissellement sur voirie
  • CAPIAN : débordement du ruisseau de Lavergne, accumulation de nombreux embâcles, section de l’ouvrage réduite, ruisseau passant sur la chaussée et inondant les parcelles en dépression. Importants ruissellements dévalant la route et parcelles en pente, venus grossir les eaux de débordement du ruisseau au niveau de cette cuvette naturelle, amplifiant le phénomène inondant. Détériorations d’une grande partie de la chaussée et des fossés par les flux torrentiels et les matériaux charriés. Endommagement du tablier du pont.

Le ruisseau le Gaillardon est sorti de son lit à l’aval d’un moulin transformé en habitation. Presque l’ensemble du secteur a été recouvert d’une nappe d’eau d’environ 30 à 40 cm de haut. Érosion et affouillement d’un important linéaire de berges, déchaussement de nombreux arbres venus s’encastrer dans les ouvrages et former des embâcles en travers de la section du cours d’eau. Un pont soutenant une voirie a été endommagé lors de la brusque montée des eaux.

Forts ruissellements sur les coteaux très abrupts de Paillet, conjugués au débordement du ruisseau du Campareau, provoquant l’inondation des routes et des habitations du secteur, dans un flux torrentiel. Des hauteurs d’eau supérieures à 1 mètre ont été relevées en certains endroits.

 

  • LESTIAC-SUR-GARONNE : dévalement des eaux de ruissellement, en provenance du coteau aux pentes importantes occupées par des parcelles de vigne, traversant les zones habitées avant de s’étendre dans la plaine jusqu’à la Garonne.
Écoulement vers la Garonne

 

Saturation rapide du réseau d’eau pluvial globalement sous-dimensionné, colmaté par les gravats et détérioré sur une bonne partie de la commune, en particulier sous la départementale.

Des ruissellements torrentiels se sont engouffrés dans des ravines, suivant les voiries situées dans le sens de la pente, passant entre et dans certaines habitations, au gré des obstacles rencontrés (murs, murets, dos d’âne,…) et des modifications topographiques du terrain. Blocage de certains écoulements par des constructions (murs), d’où une montée temporaire des eaux sur certaines parcelles jusqu’à ce qu’une brèche, dans les ouvrages, permette la vidange des masses d’eau accumulées.

Dévalement des eaux et inondation d’un lavoir situé au-dessous d’un chemin, ainsi que les parcelles situées en dévers de la route. Gonflement et débordement d’un petit ru, s’ajoutant aux eaux de ruissellement inondant les parcelles situées en contrebas et des habitations. Accumulation d’eau sur la terrasse d’une propriété, provoquant l’effondrement d’un haut mur de soutènement en pierres sèches. Un collecteur sous-dimensionné, recevant les eaux d’une ravine, a provoqué un déferlement d’eau sur la chaussée d’un chemin. Impact de l’ensemble des habitations du secteur à des degrés variables, suivant la topographie du terrain. Voirie et fossés ont subi de nombreuses dégradations à divers endroits.

Étalement de l’ensemble des eaux de ruissellement dans la vallée au-delà de la départementale pour se déverser dans la Garonne. La marée étant basse et la Garonne n’étant pas en crue, le ressuyage des terrains et l’absorption des écoulements des divers cours d’eau a été possible, dans un laps de temps relativement court.

Sur un autre secteur, arrachement d’une centaine de mètres de berges, emportant des arbres entiers dans la Garonne.

 

  • VILLENAVE-DE-RIONS : le centre ville et les hameaux étant principalement situés sur le plateau, les principales dégradations observées sont au niveau d’infrastructures (ponts et voiries). Les secteurs impactés se situent dans des cuvettes, le long des cours d’eau encaissés, sinuant au travers de parcelles de vigne.

Le scénario est semblable d’un secteur à l’autre : un débordement de ruisseau, conjugué à des ruissellements torrentiels sur des routes et parcelles cultivées en forte pente.

Les dégradations observées sont issues de l’accumulation d’embâcles et une trop forte poussée sous des ouvrages sous-dimensionnés ou dans des coudes formés par les cours d’eau. Un bassin piscicole privé a été totalement submergé par la crue.

Routes ravinées en divers endroits par le charriage de nombreuses quantités de gravats sur les chaussées.

 

  • TABANAC : l’ensemble des phénomènes survenus est principalement lié à des ruissellements provenant des hauteurs occupées par des parcelles de vignes. Concentration des eaux de ruissellement torrentiel dans des ravines, qui ont suivi les talwegs et les voiries en très forte pente. Lors de leur cheminement, les eaux de ruissellement ont provoqué la chute de plusieurs murs, l’effondrement de quelques talus, et ont raviné la chaussée en divers endroits de par la masse importante de gravats charriés. Les eaux ont été collectées au niveau d’un Estey, qui a ponctuellement débordé au passage des ouvrages (ponts cadres) par l’accumulation d’embâcles ou ont continué de ruisseler sur routes. Le premier secteur de débordement se situe dans une cuvette. A cet endroit, une parcelle triangulaire non bâtie a été complètement submergée par les eaux.

Débordement au niveau d’un pont cadre, les hauteurs d’eau s’écoulant sur la route ont été très importantes. A partir de cet endroit, conjugaison des eaux d’inondation de l’Estey et des eaux de ruissellement venant des hauteurs, provoquant de nombreux dégâts dans les habitations situées de part et d’autre de la route. Puis dissipation de la lame d’eau le long et de l’autre côté de la départementale, pour rejoindre la vallée de la Garonne via un réseau existant de fossés de drainage.

 

  • LANGOIRAN : un secteur a fait l’objet de forts ruissellements sur les pentes, se concentrant sur les routes. Suite à des aménagements successifs, plusieurs buses ont soit été créées, soit été détournées pour venir se déverser au niveau du ru passant entre des maisons. Lors d’un épisode pluvieux, la quantité d’eau transitant dans le ru se trouve considérablement augmentée, et ce d’autant plus lors d’événements exceptionnels tels que l’orage du 25/07/2014 puisque le ru ne peut permettre l’écoulement efficace des eaux provenant d’une telle surface amont, surtout lors de son passage canalisé sous le quartier. Ces aménagements aggravent la situation et expliquent en partie la violence des phénomènes observés.

 

Ruissellements sur les pentes

 

Des embâcles ont partiellement obstrué le collecteur permettant le passage du ru sous le quartier, entraînant une brusque montée des eaux (environ 80 cm au-dessus du garde-corps en pierres du pont). Le débordement du ru, gonflé par les eaux de ruissellement dévalant sur les chaussées, a provoqué un déferlement torrentiel sur la place (1,5 m d’eau) et l’inondation des habitations situées à l’aval. Les écoulements ont traversé la route départementale et se sont étalés dans la plaine, empruntant le réseau de fossés existants pour rejoindre la Garonne. Un autre secteur a également été frappé par des phénomènes de ruissellement sur les pentes raides situées en hauteur, inondant un certain nombre d’habitations au passage.

 

Charriage arbre

 

Le ruisseau La Rouille de Faubernet a vu son lit gonfler par les eaux de ruissellement, provoquant la destruction d’un ouvrage d’art. Ces écoulements sous forme de coulées de boues ont fini par détruire partiellement le pont situé sur la route départementale et détériorer une partie significative de la chaussée avant de rejoindre le cours d’eau du Gaillardon.

Sur un autre secteur, plusieurs maisons ont été fortement impactées, elles se trouvent sur un point de concentration des eaux de ruissellement de vallons dont la superficie des bassins versants est relativement importante.

Les inondations ont provoqué des hauteurs d’eau de plus de 1 m avec des dégâts très importants sur les maisons et les infrastructures locales (route détériorée, arrachement et soulèvement des murs,…). Une partie des eaux de ruissellement à l’origine de ces dommages provient des vallons sur lesquels la mise en culture de la vigne est récente.

 

Ruissellement sur parcelle de vigne

 

Cette nouvelle culture, dont les rangs sont dans le sens de la pente, a nécessité une mise à nu des sols. Ainsi, lors d’événements pluvieux importants, les eaux pluviales ruissellent sur ces coteaux, sans pouvoir s’infiltrer et entraînant un volume de matériaux important pouvant aller jusqu’à des blocs de pierre, du fait d’un manque réel de haies et d’une terre mise à nu.

Le ruisseau La Rouille de Terrefort s’est comporté comme un torrent avec une brusque et puissante montée des eaux lors de cet orage. Les coulées de boues engendrées par les écoulements, charriant de grands volumes de matériaux, ont rapidement obstrué l’ouvrage sous la route départementale. L’accumulation d’un grand volume de matériaux (branchages, pierres, déchets) a provoqué localement des hauteurs d’eau supérieures à 1 m. Une habitation a été fortement impactée en bord de la Rouille et les bâtiments d’une enseigne de bricolage ont également été sinistrés. Les coulées de boue ont rejoint en partie le ruisseau du Grand Estey qui délimite les communes de Langoiran et Tabanac. A ce niveau, le Grand Estey n’a pas débordé mais des traces d’érosion et d’arrachement de berges sont visibles à de nombreux endroits.

Aménagements de protection existants : un ouvrage de gestion des crues existe, situé à cheval des communes de Langoiran et Villenave-de-Rions, conçu pour écrêter les débits du ruisseau de l’Artolie en amont de sa traversée dans le bourg de la commune de Paillet. Dimensionné pour un événement pluvial d’occurrence vingtennal, cet ouvrage a stocké une petite partie des volumes générés par le phénomène extrême du 25/07/2014.

Un bassin de retenue collinaire se situe sur les communes de Langoiran et Capian et intercepte les eaux de la Rouille de Bonnefous. D’une surface approximative de 2 hectares, cet ouvrage privé conçu il y a environ 35 ans, était destiné à l’irrigation des vergers. La retenue d’eau est assurée par une digue en terre compactée et fortifiée par des enrochements mais qui peut tout de même présenter un risque de rupture partielle voire totale en cas de manque de surveillance et d’entretien. Par conséquent, le cours d’eau du Gaillardon peut représenter un risque inondation fort pour les enjeux situés sur la commune de Langoiran à l’aval. Le CEREMA a réalisé une visite du site, la retenue semblait être en bon état et robuste, mais une importante végétation peu propice à la pérennité de l’ouvrage s’est développée (bambous notamment), rendant l’accès et l’inspection de l’ouvrage difficiles. Un entretien de cette végétation doit être engagé rapidement. Un diagnostic doit aussi être réalisé par des experts pour s’assurer d’une réelle pérennité de l’ouvrage. En ce sens, les services de la police de l’eau ont été saisis par la commune de Langoiran et une procédure de régularisation a été lancée auprès du propriétaire.

 

  • PAILLET : Paillet est la commune la plus impactée par l’orage du 25 juillet 2014 en comparaison des autres communes. Ceci s’explique de par sa situation aval vis-à-vis des autres communes et par le fait qu’elle recueille une partie importante des écoulements provenant des communes de Langoiran, Capian, Lestiac-sur-Garonne et Villenave-de-Rions via le ruisseau de l’Artolie, qui reçoit les eaux du Campareau et du Laubès avant d’entrer dans la ville. Paillet constitue l’exutoire de plusieurs cours d’eau encaissés en tête de bassin versant, débordant de leurs lits à l’évasement de la vallée où se situe le centre ville. Les coteaux proches, encadrant la commune, concentrent les écoulements et empêchent leur étalement latéral, ce qui provoque la montée rapide des eaux et leur accélération dans cette cuvette naturelle se déversant dans la Garonne. A ces inondations s’ajoute un ruissellement intense sur des coteaux escarpés, constituant des lames d’eau qui dévalent sur des talus à fortes pentes ou des flots torrentiels guidés par des fossés, ravines ou voiries concentrant les écoulements dans le sens de la pente. Il est ainsi fréquent d’observer des habitations prises entre deux flots et inondées de plusieurs côtés par deux phénomènes : inondation par débordement de cours d’eau dans la vallée et lame d’eau torrentielle provenant de l’eau ruisselée des hauteurs.

Les conséquences de la conjugaison de ces deux phénomènes (inondation et ruissellement) sont d’autant plus importantes que les vallons encaissés de Paillet et les berges de l’Artolie sont fortement urbanisés (majorité des habitations situées dans le champ d’expansion des crues de l’Artolie ou en pied de coteau).

Montée des eaux sur Paillet
Accélération de la montée des eaux

Le ruissellement prend naissance au niveau des parcelles de vignes dont les rangs sont plantés dans le sens de la pente. Les fossés n’étant pas toujours entretenus et les haies délimitant les parcelles ayant été progressivement supprimées, les écoulements et les matériaux transportés ne sont plus freinés. Le phénomène est accentué par le fait que les voies de communication (routes) sont très souvent construites dans les talwegs, là encore dans le sens de la pente. Ainsi, les eaux de ruissellement sont concentrées, accélérées et orientées par les routes et les petites constructions (murs et murets), exposant d’autant plus les parcelles et les constructions en dépression ou situées dans la trajectoire des écoulements.

Inondations à Paillet
Inondations à Paillet

La concentration et l’accélération des eaux trouvent leur origine dans de multiples et parfois infimes modifications du paysage et artificialisation du milieu, dont les effets néfastes s’additionnent et concourent à l’amplification des phénomènes. L’imperméabilisation des surfaces par de nouvelles constructions, la réduction des surfaces naturelles ou enherbées, associées à un sol de nature peu propice à l’infiltration sont des facteurs d’augmentation du risque dans un contexte à l’hydrologie et au relief défavorables. Tout nouvel obstacle, déviant les eaux ou limitant le champ d’expansion des crues, est susceptible d’aggraver la situation. Comme exemple un parking construit récemment en remblai dans la zone inondable du Campareau qui participe à la concentration et à l’accélération des eaux, amplifiant les phénomènes à l’aval.

Le centre-ville de la commune de Paillet est inclus dans le périmètre PPRI de la Garonne. L’orage du 25 juillet 2014 est survenu hors crue majeure du fleuve. Cette situation a permis le ressuyage des terrains et l’absorption des écoulements des divers cours d’eau dans un laps de temps relativement court, sans qu’aucun autre désordre ne vienne s’ajouter à ceux produits par cet événement exceptionnel. En d’autres circonstances, les conséquences auraient pu s’avérer plus catastrophiques encore.

 

Dans un quartier situé dans un axe d’écoulement préférentiel (talweg naturel aux pentes prononcées concentrant les eaux d’une allée et d’une rue), une lame d’eau a traversé les parcelles sur une bande de plusieurs centaines de mètres de part et d’autre de cet axe, impactant quelques habitations au passage.

 

  • RIONS : deux secteurs ont particulièrement été impactés sur la commune de Rions au Sud-Est du centre ville (inondation par les eaux du Nau) et un lieu-dit (essentiellement du ruissellement).

Pour le ruisseau du Nau, les problèmes rencontrés proviennent de la forte concentration des eaux de ruissellement au niveau des parcelles de vigne occupant le bassin versant jusque dans le talweg situé en amont de groupements de maisons. Les eaux grossies du ruisseau ont charrié une quantité importante de branches, racines, mais également des déchets ménagers divers de taille importante, tels que pneus, machines à laver, caddie… Le Nau a débordé depuis l’amont de ce secteur jusqu’à la limite des parcelles habitées, restant affleurant, sans toutefois inonder les maisons. Une seule habitation a été impactée par la conjugaison d’eaux de débordement et d’eaux de ruissellement. Ces dernières ont ensuite dévalé la départementale pour se déverser dans une propriété.

Le Nau a également débordé au niveau du pont de la départementale, du fait de l’accumulation d’embâcles sous l’ouvrage. Les écoulements se sont séparés en 2 flots.

Un secteur (les Dagoisses) est particulièrement sensible aux inondations, il a été inondé à plusieurs reprises par le passé (la dernière fois en 1990 avec témoignages de plusieurs riverains). Le lit du ruisseau est constitué d’un fossé encaissé aux berges verticales, bordé de nombreuses habitations. Les parcelles, en position basse par rapport au cours d’eau (rive droite), sont directement exposées en cas de débordement du Nau. Les terrains, qui auraient pu constituer un champ d’expansion des crues, ont fait l’objet de nombreux projets immobiliers. Un lotissement était en cours de construction en pleine zone inondable, moins d’une année après les événements de juillet 2014 lors de la visite de terrain. L’urbanisation ininterrompue est préoccupante dans ce secteur. Si, par chance, le Nau n’a débordé qu’au niveau de la départementale lors de cet orage, le niveau d’eau du ruisseau a pour autant été affleurant pendant tout l’épisode pluvieux, à l’amont de la départementale. Il faut s’attendre à une multiplication des problèmes liés aux inondations à l’avenir dans cette zone, surtout si l’imperméabilisation des sols par l’urbanisation croissante augmente, amplifiant et accélérant les écoulements.

Dans un autre quartier, les principaux désordres relevés sont dus à un ruissellement intense sur les coteaux de vigne situés au-dessus de la départementale. Les écoulements ont dévalé sur les parcelles, talus, chemins et voiries, traversant les propriétés et/ou habitations, pour rejoindre un bras de la Garonne situé en contre-bas. Presque un an après l’orage du 25/07/14, plusieurs talus montrent encore des effondrements et la chaussée est ravinée en divers endroits.

Ruissellement d’une lame d’eau (10 à 40 cm) jusqu’à la départementale, traversant la chaussée ainsi que les parcelles situées dessous. Plusieurs habitations ont été inondées par le passage de cette lame. Cependant, les écoulements se sont particulièrement concentrés dans un talweg, ayant grossièrement pour axe le chemin d’un château. Les eaux ont traversé la départementale pour emprunter le chemin descendant, inondant les habitations de part et d’autre. Les maisons les plus impactées sont celles situées en bas, face à ce chemin, puisqu’elles ont recueilli l’ensemble des écoulements de cet axe prioritaire. Le réseau d’eaux pluviales sous-dimensionné et rapidement mis hors d’usage n’a fait qu’aggraver la situation.

A noter que le fossé récemment busé au niveau d’une parcelle de vigne, dont le collecteur est sous-dimensionné vis-à-vis du volume des écoulements transitant et provenant des coteaux situés plus haut, ne permet plus le drainage des parcelles avoisinantes. Il pourrait être à l’origine de l’inondation plus importante des parcelles situées en contrebas dont un hangar/entrepôt, et a fait l’objet d’un remblai dont l’origine est à éclaircir. Sur le terrain de ce hangar/entrepôt, situé en bordure d’un bras de la Garonne, dans la limite des PHEC du PPRI et dans un axe d’écoulement important (ruissellements de coteaux), il apparaît nettement que la parcelle a fait l’objet d’un récent remblaiement en zones inondables (Garonne). Il est à noter que lors de l’épisode du 25/07/2014, des hauteurs d’eau de 30 à 40 centimètres ont été déclarées dans ce hangar. Une vigilance particulière devra être observée quant à l’implantation éventuelle de nouvelles constructions dans ce secteur. Tout remblaiement doit être proscrit en zone inondable.

Hormis sur la commune de Langoiran, aucun ouvrage hydraulique ou aménagement lié à la gestion des crues n’a été relevé sur ces communes, excepté les réseaux existants de fossés.

L’étude réalisée par le CEREMA fournit une base documentaire générale qui permettra de poursuivre, par des études plus poussées telles qu’étude hydrologique et hydraulique, indispensables si des travaux de réfection (recalibrage) du réseau d’eaux pluviales doivent être engagés ou si la Communauté de Communes souhaite faire réaliser un schéma directeur d’assainissement.