Risques – Nouvelle-Aquitaine : Les anciens sites ardoisiers de Corrèze (19) et les mouvements de terrains induits

Evènements du territoire, Risques naturels

02/02/2016

A Allassac (19), ancien territoire industriel ardoisier ayant exploité des puits leurs cavités souterraines, a été le lieu d’un premier mouvement de terrain d’ampleur pluri métrique en 2011. Il s’est poursuivi en 2014 par l’effondrement de plus de 10 000m3 de roches. Ces phénomènes continuent en 2016. Ils sont étudiés par le BRGM.

Effondrement de la voute de la cavité accessible par les puits GF1 et GF2 en 2014, modélisation d’un puits (M) et sa cavité

 

En 2011, un mouvement de terrain spectaculaire a affecté un ancien puits ardoisier du site des Pissotes. Ce puits était placé sur le ‘Grand filon’, l’un des 5 ‘gisements’ d’ardoises exploités à la fin du XIXème et début du XXème siècle. Ce mouvement en masse alerte alors les services de l’état sur la présence de cavités souterraines dont les voutes et les puits d’accès semblent présenter des signes d’altération préoccupants. En 2014, ce même site va s’effondrer de nouveau, en plus grande masse et plus de 1000 m² de terrains chutent d’une vingtaine de mètres. Il n’y a pas eu d’observation de signes avant-coureurs, la rupture affecte une voute d’une quinzaine de mètres d’épaisseur.

En 2015, un puits voisin alors comblé jusqu’en surface et situé sur le parking d’un acteur économique local, va ‘débourrer’. Il s’effondre sur une vingtaine de mètres. Le terrain, évacué préventivement sur recommandation du BRGM quelques mois auparavant, n’est pas le lieu de dommages sur des biens ni les personnes.

 

Débourrage du puits B3 en 2015

 

En 2016, la voute d’une partie de la cavité souterraine associée à ce puits commence à s’affaisser de plusieurs mètres, le mouvement se poursuit aujourd’hui.

 

Effondrement partiel de la voute de la cavité associée au puits B3, fin 2015-2016

 

Ces mouvements de terrain que l’on associe aux vides souterrains laissés par l’exploitation des anciennes ardoisières, ont révélé l’impact d’une industrie dont l’exploitation entre le XIXème siècle et le milieu du XXème n’a pas fait l’objet d’un suivi particulier ni de remise en état des terrains. Depuis leur abandon, ces cavités qui furent notamment creusées sur les 5 ‘filons’ du site des Pissotes ont connues des fortunes diverses : décharges communales ou remblaiement partiel, abandon pur et simple dans une végétation dense ou conservation en l’état des vestiges industriels à vocation patrimoniale.

 

Site de Chartroulle, commune d’Allassac

 

Les cavités et puits se sont altérées au fil du temps, remplis d’eau en général pour les parties encore ‘visibles’ parfois par les puits ouverts. Parfois des affaissements de parois de ces puits d’accès se produisent et l’instabilité des remblais qui les bordent (déchets de taille des ardoises), se manifeste par des cônes d’effondrement et les matériaux sont en lente reptation vers les vides accessibles.

La méconnaissance de l’extension originelle de ces sites industriels réunis sur une vingtaine d’hectares ; leur relatif oubli et leur intégration jusqu’alors sans histoire, dans le paysage communal ont laissé disparaître les archives de leur extension et leurs traces dans les documents d’aménagement du territoire

 

Puits L2 et son chevalet (arrêt de son exploitation vers 1960)

 

Portées par la DREAL du Limousin en 2014 et 2015, deux études successives menées par le BRGM ont conduit à la reconnaissance de ce patrimoine industriel ancien sur le territoire de la commune d’Allassac.

 

Ouvrir en grand

 

L’analyse des aléas potentiels et l’identification des risques de mouvement de terrain pour les 8 principaux sites à enjeux de la commune ont permis, soit de déplacer les enjeux lorsque cela était possible et réalisable, soit d’interdire l’accès aux zones à risques, soit d’initier la réflexion pour une remédiation de ces aléas si elle reste envisageable

Aujourd’hui, une étude financée par l’Etat (DREAL Aquitaine) est envisagée à l’échelle du gisement ardoisier de Corrèze et Dordogne. Il s’étend sur une quarantaine de communes et porte sur la reconnaissance éventuelle d’autres sites ardoisiers anciens. Ces sites sont oubliés, à l’image d’une partie des sites allassacois, à l’exception de la mémoire locale des plus anciens riverains ou dont quelques traces sont parfois citées dans des documents anciens

 

Extension potentielle du massif ardoisier en Corrèze et Dordogne

 

Les travaux du BRGM, en sus des rapports d’étude, ont produit les données suivantes :

 

  • L’inventaire cartographique précis des 57 puits sur le site de Pissotes (sur 52 connus plus ou moins jusqu’alors)
  • Un inventaire des aléas sur les 20 hectares du site des Pissotes en limite urbaine de la ville d’Allassac complété de 6 autres sites industriels de plus petite extension sur la commune
  • Une cartothèque 3D avec l’ensemble des données associées à l’extension des cavités, modélisée ou mesurées par laser ou sonar