Xynthia, dix ans après

Evènements du territoire, Risques naturels

25/02/2020

La tempête Xynthia (27 et 28 Février 2010) est parmi les événements naturels les plus marquants que le littoral métropolitain ait connu. Cet évènement aux conséquences dramatiques avec 47 décès sur le littoral atlantique et plus de 6 milliard d’euros de dégâts matériels, a profondément marqué les politiques publiques, la communauté scientifique et la société de façon plus générale.

Au-delà des nombreuses victimes ayant été à déplorer, les conséquences occasionnées par la tempête ont été sévères et sont de plusieurs types (source : rapport BRGM/RP-58261-FR) :

  • Large érosion du cordon dunaire sur une grande partie de la façade atlantique, depuis le bassin d’Arcachon jusqu’en Loire-Atlantique en premier lieu. A titre d’exemple, le recul du cordon dunaire entre les estuaires de la Loire et de la Gironde a été en moyenne de 3 à 5 m, avec des valeurs atteignant 22 m pour les secteurs les plus exposés aux vagues (comme sur les communes de la Couarde-sur-Mer sur l’île de Ré et Olonne-sur-Mer) ;
  • Une submersion marine très importante : la côte absolue a ainsi dépassé 4.5 m NGF à la Faute-sur-Mer et l’Aiguillon-sur-Mer, alors que le niveau d’eau extrême (période de retour centennale) estimé par le SHOM-Cetmef est inférieur à 4 m NGF. Cela a entrainé, comme sur la Faute-sur-Mer où 29 des 27 décès ont été à déplorer, des hauteurs de submersion pouvant atteindre près de 2,70 m ;
  • En ce qui concerne le bâti, de nombreuses constructions subissant l’action directe des vagues et/ou l’érosion ont subi des dégâts importants, en particulier des constructions en maçonnerie et fondées sommairement ;
  • Au niveau des infrastructures, l’inondation s’est produite sur une très large partie des ports et des zones urbaines basses en arrière, occasionnant la destruction de nombreux pontons et bateaux. Les réseaux routiers en front de mer mais également à l’intérieur des terres dans les zones submergées ont subi des désordres importants. Des digues et ouvrages maritimes ont été impactés par le niveau d’atteinte « exceptionnel » des vagues, occasionnant la création de brèches ou la formation de renards hydrauliques.

 

Exemples d’endommagement du bâti par érosion / affouillement (source : rapport BRGM/RP-58261-FR)

 

Exemple d’endommagement du bâti par attaque des vagues (source : rapport BRGM/RP-58261-FR)

 

Parmi les facteurs qui sont à l’origine de l’impact exceptionnel de Xynthia, on évoquera plusieurs éléments liés au phénomène de tempête lui-même, tels que : sa zone de formation et sa trajectoire atypique (depuis les Açores jusqu’au littoral vendéen) ; son intensification proche du littoral (creusement dépressionnaire maximal de 969 hPa et pointe de vent en rafales à 160 km/h sur le littoral) ; un phasage du pic de surcote (1,5 m à La Pallice) avec une marée haute de fort coefficient (102) ; ou encore une contribution importante des vagues dans la surélévation totale du niveau d’eau (localement plusieurs dizaines de centimètres de wave setup). Il s’agit là de facteurs influençant grandement les attaques maritimes et notamment les surélévations du niveau de la mer. La configuration de la tempête a généré une mer « jeune », c’est-à-dire caractérisée par des vagues « plus courtes » (longueur d’onde réduite) comparativement à une tempête plus classique. Ce paramètre influence la surcote, plus la longueur d’onde des vagues est courte, plus la surcote est importante.

Ses conséquences dramatiques doivent également être rapportées aux particularités de la frange littorale directement sous la trajectoire de la tempête. En effet, le littoral de Charente-Maritime, et particulièrement les pertuis charentais, est constitué de grandes baies peu profondes bordées, côté océan, d’un plateau continental relativement large. Cette configuration est propice à l’intensification des phénomènes de surcote par l’action du vent et des vagues (effet « entonnoir »). De plus, les plus hauts niveaux d’eau à la côte ont été observés sur un territoire particulièrement sensible aux submersions marines de par la faible altitude du terrain naturel mais également l’histoire et la dynamique de peuplement de ces espaces littoraux (poldérisation, urbanisation dense). Si les conséquences ont été les plus fortes sur cette partie du littoral, des impacts en termes de submersion ont également été significatifs, mais d’intensité plus modérée, dans l’estuaire de la Gironde et dans le bassin d’Arcachon.

Cet évènement exceptionnel a fait prendre conscience à de nombreux acteurs de la société, de la vulnérabilité des nombreux espaces littoraux face aux phénomènes de submersion marine. Il a mis en lumière la nécessité de mieux connaitre, prévoir, anticiper et se préparer à de tels évènements. Sur de nombreux aspects, la survenue de cet évènement marque un tournant dans la prise en compte du risque submersion marine en France.

 

Pour la recherche et la prise en compte de l’aléa

De nombreux travaux scientifiques se sont consacrés à caractériser les conditions et les processus à l’origine des niveaux d’eau exceptionnels à la côte. Ils ont notamment cherché à mieux comprendre et reproduire par modélisation les conditions particulières de cette tempête (vagues, surcote, wave setup). Les outils numériques ont également été utilisés et enrichis pour reproduire fidèlement l’extension des inondations, les phénomènes de brèche dans les cordons dunaires ou les digues et ainsi développer des outils capables d’envisager divers scénarios. La caractérisation des périodes de retour statistique de ce type d’évènement a également été approfondie en inventoriant et en prenant en compte les évènements historiques ayant affecté les littoraux français. L’ensemble des études sur la submersion conduit aujourd’hui à envisager des stratégies de réduction de l’exposition des territoires littoraux aux aléas météo-marins notamment par le recours à des solutions basées sur la nature. En parallèle, les modèles numériques capables de simuler les submersions marines évoluent. Ils progressent dans la prise compte des processus physiques, pour s’adapter à différents types de littoraux (lagune, estuaire, baie profonde, front de mer aménagé) et dans leur capacité à simuler ces évènements à hautes résolutions spatiale et temporelle.

 

Pour la prévention et la cartographie du risque submersion marine

Les événements dramatiques liés à la tempête Xynthia ont mis en évidence la nécessité de réactualiser le cadre méthodologique des Plans de Prévention des Risques littoraux datant de 1997 notamment au travers des Plans de Prévention des Risques « Submersion Marine » (PPR SM). Ces documents, qui poursuivent des objectifs de prévention et de réduction de la vulnérabilité à travers des mesures à destination des biens existants, ont pour principal objectif de réglementer l’urbanisme dans des zones exposées à l’aléa submersion marine afin de diminuer les risques. Le premier critère de priorité à retenir doit être le risque pour la vie humaine. Des critères de qualification comme la cinétique de la submersion, la vulnérabilité des populations, la pression foncière et l’emprise des zones urbanisées ou urbanisables sont également pris en compte. L’objectif poursuivi par les PPRL SM est donc avant tout d’empêcher l’aggravation des risques existants pour la population et les biens.

La circulaire du 2 août 2011 relative à la mise en œuvre des plans de prévention des risques naturels littoraux avait identifié une liste de 303 communes prioritaires. Un travail d’approfondissement du guide méthodologique national a permis d’actualiser le cadre méthodologique de l’élaboration de ces documents en précisant la prise en compte des ouvrages de protection et en intégrant également les conséquences du changement climatique. Cette méthodologie conduit à déterminer un aléa de référence et un aléa à plus long terme intégrant l’élévation du niveau de la mer à horizon 2100. Cet aléa de référence est défini pour les territoires concernés comme les conséquences d’un événement météo-marin de période de retour centennale ou d’un événement historique dès lors que celui-ci est supérieur à l’événement centennal. D’autres scénarios peuvent être étudiés afin de mieux appréhender la dynamique du secteur concerné (submersion fréquente ou extrême par exemple).

Pour le développement de la culture du risque et la gestion des crises

L’expérience de la tempête Xynthia a également souligné la problématique de l’interprétation des prévisions météo-marines en termes d’impacts (étendue et intensité) sur le territoire et en particulier sur le littoral. En effet, les submersions marines sont le plus souvent des phénomènes dont les impacts sont observables à relativement petite échelle (infra-départementale). Cette particularité fait que les submersions marines potentielles ne sont pas représentées dans les modèles de prévision opérationnels actuels principalement pour des problématiques de temps de calcul et de disponibilité des données topo-bathymétriques précises. Les cartographies d’aléa réalisées dans le cadre d’études de prévention permettent de cibler les secteurs exposés à la submersion marine mais leur utilité reste limitée en matière de gestion de crise car elles sont construites sur la base de scénarios très majorants (de type centennal voire plus) qui n’ont pas nécessairement de lien direct avec l’évènement en cours.

Faisant suite à la circulaire interministérielle du 28 avril 2011 relative à la mission de référent départemental inondations (RDI), les Directions Départements des Territoires et de la mer (DDTM) sont chargées d’apporter un appui technique aux préfectures sur la préparation et la gestion des crises d’inondations dans le cadre du dispositif ORSEC. Les DDTM ont dorénavant un rôle d’interface entre les services de prévision spécialisés (SPC, Météo-France, Vigilance Vagues Submersion) et les services de gestion des crises préfectoraux (SIDPC). Elles doivent notamment être en mesure d’interpréter les données de prévision et de les traduire en termes de conséquences attendues sur les enjeux territoriaux. Si chaque RDI est en charge de développer les outils appropriés sur son territoire, le Service Central d’Hydrométéorologie et d’Appui à la Prévision des Inondations (SCHAPI) est lui chargé d’harmoniser les pratiques à l’échelle nationale.

Parallèlement, de nombreuses initiatives de collectivités locales voient le jour pour doter les acteurs du territoire d’outils d’alerte locaux leur permettant d’anticiper des mesures de protection et de sauvegarde des populations. On citera par exemple le projet Survey 17 mené par l’Unima en Charente Maritime, le projet MAREA soutenu par la Communauté d’Agglomération du Pays Basque, ou l’outil Seamafor piloté par le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon.

Pour aller plus loin sur les 10 ans d’action pour renforcer la prévention des risques d’inondation et de submersion marine, retrouvez le dossier de presse du Ministère de la Transition écologique et solidaire.

Pour finir, un article de Météo-France « Et si Xynthia se produisait aujourd’hui ? » qui fait le point sur les avancées techniques depuis 10 ans.